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Conférence à Paris

Article publié le lundi 27 mai 2013 par Jean-Baptiste
Mis à jour le dimanche 22 juin 2014

Résumé de la conférence donnée à Paris à la galerie Bansard (1er)
(à suivre la conférence de Mr Bertrand Vergely qui est intervenu ensuite)

Mystère et Théologie de l’Icône
Conférence de Jean-Baptiste GARRIGOU : L’Icône, anticipation du Royaume
14 mai 2013

Le thème que j’ai décidé d’aborder, est un peu en dehors de ce qui a été fait lors des précédentes conférences, mais en lien avec l’Icône comme anticipation du Royaume. Il est vrai qu’avant d’être conférenciers, ceux qui peignent des icônes sont d’abord des iconographes qui expriment avec des pinceaux plus qu’avec des mots ce qu’ils ont à dire. Mais l’intérêt de ces rencontres est de voir des personnes qui peignent témoigner de ce qu’ils font et pas seulement de parler de l’icône sur un plan autant culturel, qu’historique et théologique.

Je voulais revenir sur le sens du mot " icône " en tant qu’ " image ", mais en insistant sur le fait que l’image comprise dans le mot " icône " contient une dimension eschatologique, non littéralement traductible en français, qui exprime le fait que cette image nous fait passer à d’un état à un autre ", d’une réalité visuelle à une réalité qui n’est pas logiquement visible. Et cette image se révèle à nous par la contemplation. Ce n’est pas seulement un élément théologique ou artistique, qui est en lui-même un objet, c’est un moyen d’accéder à une autre réalité. Il ne faut jamais perdre de vue le rôle de l’icône dans cette relation du monde visible avec le monde invisible. J’insisterais aussi dans les points que je vais évoquer autour du mot " image ", sur le sens du mot " chair ", sur la chair et la carnation, sur " comment l’approcher ? Comment parler des corps dans les images, de cette relation avec ce qui est corporel et avec ce qui est charnel ? "

Et l’on pourra s’arrêter sur cette phrase de la liturgie des présanctifiés, la liturgie orthodoxe, où l’on chante pendant la grande entrée des Saints Dons à l’autel, donc du clergé jusque sur l’autel, " que toute chair fasse silence ". Donc c’est cette notion de la chair dans la représentation iconographique que je vais aborder, qui tourne aussi autour du principe de la résurrection du corps. Rappelons que le corps est la matière tandis que la chair, selon Saint Paul, représente la nature humaine après la chute.

L’image iconographique tend à exprimer une humanité dans un état de déification. On pourrait donner un exemple pour exprimer cette humanité, avec l’image de l’eau : Quand elle est transparente, quand elle est limpide, elle nous permet de contempler les fonds marins, alors que lorsqu’elle est trouble il y a une opacité de la matière qui ne nous permet pas d’avoir une contemplation de cette beauté. Et l’icône est en quelque sorte la limpidité de la condition humaine dans son rapport à la rencontre avec Dieu. On ne s’attache pas à la matière opaque qui peut être travaillée, transfigurée, mais on essaye d’atteindre la transparence, la transcendance, la limpidité dans une image de l’homme, belle parce que en communion avec Dieu.
Cette image est donc porteuse d’une rencontre entre Dieu et l’homme, et cette rencontre se réalise par l’ascèse. L’ascèse qui consiste dans le corps à épurer les formes matérielles, les formes charnelles. C’est à ce niveau là que je voudrais exprimer la différence entre un corps matériel et un corps charnel. On a tendance à confondre ou à mettre sur un même plan ce qui est de la chair et ce qui est de la matière. Or justement l’enjeu de l’icône est d’arriver à exprimer une réalité matérielle non charnelle. Dieu a créé le monde avec la matière, mais dans une réalité matérielle qui n’est pas celle dans laquelle nous nous trouvons nous-mêmes dans nos corps. Ce n’est pas parce que c’est spirituel que ce n’est pas matériel, et ce n’est pas parce que l’icône représente une réalité qui n’est pas dans la condition de notre humanité actuelle qu’elle est désincarnée. On utilise le mot " charnel " pour désigner tout ce qui nous tire vers les désirs de la chair, donc une vie où l’on est dépendant de nos passions. A côté de ce corps charnel, dans la peinture iconographique on essaye au contraire d’exprimer une humanité non charnelle. On va donc éviter une représentation des corps physiques qui cherche à être trop proche de la réalité incarnée. La peinture iconographique, on le sait, tend à être ascètique, donc hiératique, parce qu’elle veut simplement dépasser cette forme d’expression d’une humanité dans le corps dans lequel elle se trouve. Et dès qu’on a dans l’iconographie des courants qui reviennent à l’expression charnelle on parle de décadence dans l’icône, puisqu’on est dans des formes d’expression qui se rapprochent de la condition humaine.

Il y a dans cette rencontre avec la matière la rencontre avec la lumière. Et cela aussi est un point fondamental de l’iconographie, qui exprime un corps qui est en cours de transformation. En effet Dieu n’a pas crée un homme, puis cet homme va vivre son processus terrestre, cela jusqu’à la fin des temps. L’homme se transforme, l’homme n’est pas une œuvre accomplie, elle est à accomplir. Et cet accomplissement se fait dans la rencontre avec la lumière. On a autour de l’origine de la vie une explication scientifique avec le fait que toute vie organique provient de la rencontre avec l’eau, dans les parties les plus profondes des fonds marins, des rayons de lumière, et de la chaleur. La première apparition de la vie, selon les scientifiques, est venue de la rencontre de l’eau et du feu, de l’eau et de la chaleur, de l’eau et de la lumière.

Le corps humain est constitué à 80% d’eau et ce corps est aussi alimenté par le feu, par le sang, car il y a dans le corps humain un mécanisme qui relie l’élément liquide et l’élément du feu. On va dire de la même façon que le processus de l’humanité est une évolution vers un état de plus en plus proche de la lumière. On pourrait parler d’une photosynthèse du corps de l’humanité qui progressivement, au cours des temps, passe d’un état matériel charnel, très lourd, à une épuration du corps et des formes. On le voit dans l’histoire de la chronologie du temps, où l’on s’aperçoit que l’homme du XXI°me siècle vit dans un espace de vie où les formes sont de plus en plus épurées. Il y a une accélération dans cette évolution des formes qui s’épurent et qui deviennent de plus en plus affinées, l’homme a tendance à grandir. Entre l’homo sapiens et l’homme du XXIème siècle les figurent s’allongent. Il y a une sorte de continuité de l’évolution humaine dans une rencontre avec la lumière. C’est important dans l’image iconographique parce que l’on va essayer de construire le contenu même de l’icône comme une projection de l’humanité dans une forme d’état constitué de lumière. Cette matière du corps humain est organiquement reliée à la lumière. Et c’est cette lumière qui fait que le corps dans sa relation d’harmonie avec cette lumière se transforme physiquement, on pourrait même parler de transformation moléculaire, de la condition humaine par un rapport avec la lumière.

Quand on peint des icônes, et cela est vrai avec des techniques qui sont parfois un peu différentes les unes des autres, on a tendance à utiliser l’ocre jaune dans la mise en forme des esquisses. C’est surtout en fresques mais également avec les planches où c’est dans un travail avec les ocres jaunes que progressivement l’iconographe matérialise son esquisse et son dessin. Cela se trouvait dans toutes les techniques les plus anciennes de fresques et d’icônes. Et après ce travail on commence à mettre des couleurs, des carnations, etc. Mais finalement tout ce qui est matériellement réalisé sur l’icône est fait à partir du matériau le plus puissant en lumière, c’est-à-dire l’ocre jaune.

Et de même le corps que l’on veut exprimer, le corps de l’humanité, est dans un état ou tout est lumière. Il n’y a plus de séparation entre de la matière mise à un endroit et des lumières que l’on poserait ça et là. L’émanation même de l’icône est une glorification du corps en communion avec la lumière. Cela nous ouvre des perspectives de création parce que l’on n’est pas tenu à simplement répéter des fondements ou l’icône est une image qui, ) la période byzantine et dans cette culture, avec un type de représentation, est arrivé ) exprimer cette relation de gloire dans le corps humain, et cela avec des proportions précises héritées de l’art de l’antiquité gréco-romaine. L’objectif de ce désir de chrétien était d’exprimer le corps glorifié. Et pourtant il faut remettre cela dans son contexte, il ne faut pas faire de l’icône un objet du passé que l’on répète, parce que l’âge d’or a été celui de telle époque et maintenant on serait des copistes, voir des historiens qui essayent de ne pas perdre une réalité du passé. Il faut se mettre dans une condition contemporaine face à une créativité, dans cette forme d’approche de la peinture de la matière et de la lumière. La lumière est un corps, un corps à l’image de Dieu, donc cela nous ouvre sur des moyens d’expression qui ne sont pas limités aux formes de l’art byzantin, source et la richesse de tout, mais qui serait nécessairement codifié de manière à enlever toute liberté à celui qui peint une icône. C’est comme si l’on disait que si l’on est chrétien et dans l’église, on n’a plus de liberté, alors que c’est l’inverse.

C’est un des éléments importants du désir créatif de l’iconographe, de trouver le moyen plastique de tendre vers cette réalité humaine glorieuse lumineuse. Celui qui peint des icônes ne peut pas être séparé de cette approche, il doit lui-même communier à cette réalité, il ne peut pas vivre dans un état et en représenter un autre. Il doit lui-même être animé par le désir profond de communier à cette lumière.

L’Eglise, c’est un corps, c’est le corps du Christ, c’est le lieu où tous les individus que nous sommes, nous retrouvons une unité d’une humanité dans un corps qui nous rassemble. Et c’est aussi ce corps qui est celui de l’Esprit Saint. C’est le lieu de participation de l’homme à la réalité divine dans l’Esprit Saint, et c’est vrai que c’est ce corps en mouvement dans lequel on est façonné. On a des cas assez précis de corps de lumière de saints, intéressants, trés contemporains, qui font que des chrétiens se rassemblent autour de Saint Séraphin de Sarov par exemple. En changeant leur état et celui de ceux qui sont autour, leur transformation personnelle agit comme une énergie de lumière, une énergie d’amour sur ceux qui sont présents. L’icône également permet de représenter un corps dans un état comme celui-ci. Celui qui peint doit être dans ce cheminement de désir de rencontre avec la matière en lumière, donc de vivre une vie d’ascèse, de priéres, pas forcément une vie religieuse formelle mais une vie de communion et d’un amour, qui est nourriture amoureuse avec Dieu. Alors il peut représenter cette forme de corps d’humanité.

L’espace de la liturgie orthodoxe, l’espace du rituel byzantin, l’espace du mouvement et cette relation, cette respiration autour de la communion eucharistique, tout le rituel orthodoxe sont pour permettre progressivement de quitter un état charnel et d’aller rencontrer à l’autel le Créateur du monde et s’en nourrir. Les icônes ne pourront jamais être abordées en dehors du contexte liturgique, on ne pourra jamais prendre l’icône comme une peinture artistique dans une galerie. Là c’est le cas et cette présence ici est tant mieux car elle est intégrée à tout ce désir de rencontre autour de l’icône qui retrouve son rôle de communion des personnes. Mais c’est vrai que toutes les dérives de l’icône comme objet d’art ou objet d’interêt religieux est une hérésie en soi. C’est comme si l’on s’intéressait à un prêtre et on l’admirait en dehors du contexte de la liturgie.

Il faut remettre l’icône dans son cadre de contexte liturgique, il faut remettre l’icône comme un moyen et pas une fin en soi. Là aussi il ne faut pas que l’on fasse une idolâtrie. Même si l’on a dépassé cette question dans les canons de la grande crise iconoclaste on continue à idolâtrer l’icône parce qu’on s’attache à ce qu’elle représente en tant qu’objet et pas ce à quoi elle renvoie. Souvent on a une approche d’objet précieux et pas forcément d’objet sacré et c’est aussi un des points sur lequel il faut être attentif.

L’icône est donc un moyen, un moyen d’exprimer un corps transfiguré et elle nous ouvre une vision de ce que vers quoi nous tendons. Mais elle s’arrête à un seuil où l’on n’a plus besoin de l’icône. Elle est un passage, une invitation de l’humanité à se transformer dans sa matière en corps de lumière. On fait par exemple le parallèle avec les reliques, icône et relique sont inséparables, vénération des reliques et vénération des icônes sont indissociables. J’ai eu la chance récemment avec un groupe dont certains sont présents ici, d’être allé dans un monastère des grottes de Kiev, dans ces cavernes où sont conservés des corps rendus imputrescibles de moines qui ont vécu là. On s’aperçoit que dans leur corps s’est opéré un changement de condition, qui ne suit pas la logique de la nature avec un retour à la poussière. Les corps ont subi ce phénomène, et ce n’est pas une foi obscure avec tout ce qu’on pourrait exagérer à ce propos. Ce qui est intéressant est que sentir que l’on a dépassé ici les lois de la nature, et que c’est palpable, que ce n’est pas une projection. On a un rapport entre une matière qui a changé et qu’on touche, et à la limite ces corps matériellement sont devenus des icônes. Pour ces corps, il n’est pas besoin de faire une représentation iconographique de cette humanité glorieuse, le corps est déjà cette réalité, dans la matière. A la limite quand on a des reliques, l’icône est presque superflue, car la relique est l’icône de la nature humaine. Devant l’icône on est devant un objet de glorification, et devant la relique il y a quand même un phénomène physique. Cela aussi est peut-être une grande redécouverte que doit faire l’occident, que la foi passe par l’émotion physique, ne passe pas simplement par la transmission intellectuelle ou la transmission de certains principes moraux de forme de vie. La foi est une expérience qui nous rend sur de ce nous vivons, parce que ce que l’on a ressenti dans cette expérience se trouve dans l’intimité de notre cœur. Le fait même de ressentir devant des icônes qui expriment cette réalité, ou devant des reliques, cette grâce qui nous traverse, implique certains phénomènes physiques. Après cette expérience, on met des mots dessus, mais avant en toute chose on a eu une émotion. C’est comme la rencontre d’Emmaüs. Le Christ est au milieu d’eux, ils ne Le reconnaissent pas, et pourtant Il est là visuellement. C’est avec le recul lorsqu’ils s’aperçoivent que leur cœur était tout chaud, qu’ils ont pris conscience de la rencontre qu’ils ont faite. Encore une fois l’icône doit nous permettre de nous retrouver devant cet espace qui est hors du temps et hors de la condition humaine dans laquelle nous sommes.

L’effort de notre atelier est autour de ces questions : comment être iconographe contemporain, comment vivre avec d’autres artistes sans que cela soit seulement une approche plastique mais existentielle, comment vivre en occident en étant iconographe, et le vivre avec ses tripes sans être une grenouille de bénitier, comment se provoquer, provoquer les autres par l’enjeu que demande ce travail ? Cette approche de la peinture et de la notion de lumière nous fait voir des œuvres d’artistes comme les impressionnistes par exemple, ou des travaux comme ceux de Klint, dans une période où l’Eglise est religieusement au service d’un message parfois sur-incarné on va dire, où l’art réagit en cherchant l’essence de la lumière. C’est vrai que devant les tournesols de Van Gogh on ne sait ce qui constitue les tournesols, ce qui constitue la lumière, et il y a une émotion intense de communion. Et l’on voit aussi que les galeries d’art sont souvent plus fréquentées que les églises. Qu’est-ce qui fait communier les gens ? C’est par exemple le musée du Louvre où toutes les nations se retrouvent devant une réalité de voir transfigurer l’humanité, et donc là aussi c’est une question qu’on doit se poser quand on peint une icône.

Je vais terminer sur un petit texte de François Cassingena-Trevedy, aux éditions Solem, intitulé ‘la liturgie art et métiers’, texte à méditer :
L’image ici n’est plus simplement image mais icône, c’est-à-dire image sacramentelle, sacrement du visage du Christ. De même la musique n’est plus simplement la musique mais musique sacramentelle, sacrement de la voix du Christ et de l’Eglise qui converse avec nous. Et de même encore l’architecture n’est plus simplement architecture mais architecture sacramentelle, sacrement de la corporéité du Christ. Sacrement c’est-à-dire d’une certaine manière abstraction. Car s’il n’y a rien de plus concret qu’un sacrement il n’y a aussi corrélativement rien de plus abstrait, et le sommet de l’abstraction, de l’art abstrait, c’est l’Eucharistie, suprême abstraction de la présence au point de comporter son absence même. Dès qu’il entre en liturgie, l’art n’est plus simplement sacré il est sacramentalité de toute la liturgie.

Jean-Baptiste Garrigou
Conférence L’Icône, anticipation du Royaume

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